jeudi 17 novembre 2016

Palmarès: JOSE MEIFFRET.




José Meiffret est un coureur cycliste français né 27 avril 1913 à Boulouris-sur-Mer et mort à Montier-en-Der le 16 avril 1983.
Spécialiste de la vitesse sur route, il est le premier à dépasser les 200 km/h à vélo le 19 juillet 1962. L'année précédente, il avait fait une première tentative au cours de laquelle fut réalisé un reportage pour l'émission Les Coulisses de l'exploit, réalisé par Robert Chapatte.

L'herbe a poussé sur la renversante histoire de José Meiffret, surnommé «Le Gagarine du vélo» par l'Est républicain. Or «Trompe la mort» (l'Equipe) a fini par mourir en 1983 à Montier-en-Der (Haute-Marne), commune située sur le passage du contre-la-montre d'aujourd'hui entre Joinville et Saint-Dizier. Meiffret repose non loin de là, à Perthes. Aucune inscription ne figure sur la pierre tombale du «Mermoz du vélo» (Miroir sprint). Meiffret, pourtant pas plus gros qu'un hanneton (58 kilos), est entré dans le Grand Livre des records le 19 juillet 1962 à Fribourg, en Allemagne, en atteignant la vitesse en bicyclette de 204,778 km/h dans le sillage d'une Mercedes 300 SL pilotée par Adolf Zimmer.

José Meiffret n'a jamais couru le Tour de France, mais a fréquenté Henri Desgrange. Le patron du Tour, le sachant déjà tout à ses étranges projets cyclistes, lui écrivit : «Persistez, ne désespérez pas. Si l'on vous critique, c'est que vous êtes dans le vrai.» Meiffret a débuté sur la piste à Nice dès 1928. Ce ne fut pas un succès et très vite les records derrière motocyclette se sont imposés. Desgrange, qui l'avait pris en amitié en 1934, lui confiait deux ans plus tard les échos de la piste dans l'Auto. Meiffret hérite du surnom du «coureur journaliste».




Orbite. C'est en 1949 que Meiffret se place en orbite. Il devient recordman de l'heure derrière moto (87,916 km/h). A 60 ans, en 1973, il enfourchait encore son vélo doté d'un pédalier de 130 dents (50 centimètres de diamètre), 20 kilos et un développement de près de 18 mètres. Il était habité, comme rarement un homme le fut, par l'idée fixe de devenir l'homme le plus rapide sur un vélo. «Il lui aura fallu s'entraîner durant 6 000 kilomètres» derrière des engins à moteur, précise son biographe, Daniel Torrent, pour atteindre ce record qui tient toujours. Daniel Torrent ne précise toutefois pas combien de litres d'essence furent brûlés dans ces tentatives qui dépassent l'entendement. Meiffret notait tout. Et c'est hallucinant de constater combien de milliers de pages cet homme a pu écrire sur lui-même. Quatre cahiers, plus grands que des catalogues de papier peint, contiennent quarante années de coupures de presse toutes à la gloire du «Bayard de la pédale» (Union de Reims).

Sentant approcher son dernier souffle, Meiffret avait sollicité Jean Durry, créateur du musée national du Sport, afin qu'il prenne possession de ses cahiers et de ses invraisemblables bicyclettes. On peut voir ces étranges pièces dans l'exposition qui lui est consacrée. Le Niçois était pupille de la nation et ne possédait ni biens ni domicile, mais avait travaillé jeune homme à cette idée distinguée : «Mettre la fleur à portée de toutes les bourses.» Car Meiffret s'était lancé dans le commerce floral sous le nom de «Fleurdazur». L'homme n'étant assurément pas fait pour le commerce des roses, il mit la clé sous la porte. En 1953, l'horticulture, «pour services rendus», baptisera un oeillet de son nom : l'«oeillet Meiffret», une mutation génétique de l'«oeillet Marcel Cerdan». Véridique.

Un an auparavant, «José sans peur» (le Pèlerin) avait été victime d'une chute terrible sur le circuit de Montlhéry en cherchant à reprendre le record de l'heure au Belge Léon Vanderstuyft (125,815 km/h). «L'homme qui a vaincu la mort» (le Provençal) se remettra péniblement de cinq fractures du crâne : «J'étais tuméfié et ressemblais à un ours. Je livre un autre match : celui de ma résurrection complète, car je ne dis pas non à la vie et à l'action.» Léon Zitrone dira avec emphase : «Il est de la race de ceux qui ne meurent pas. Il vaincra !» Léon voyait loin. Mais Meiffret, qui n'a jamais eu un franc devant lui, est bien incapable d'honorer les frais d'hospitalisation. Pour régler sa dette, il se propose «d'aller en prison». N'oublions pas que Meiffret est trépané comme Apollinaire. «Le poète de la vitesse» (Nice matin) pense au suicide et on se dit que c'est bien la peine d'être revenu d'entre les morts pour y retourner à peine cicatrisé. Au fond, on le comprend car le président de la FFC le blesse affreusement en déclarant qu'un homme de la trempe de Meiffret est bien parti pour faire fortune dans des numéros de music-hall et qu'il pourrait, avec un peu de chance, prétendre à celui de Line Renaud du cyclisme.



Prières. «Le démon de la route» (Bild Zeitung), que l'idée de se supprimer travaille, fait alors retraite chez les trappistes de Sept-Fons, dans l'Allier. Meiffret emporte la Vie des martyrs de Georges Duhamel et sa bouteille d'huile de foie de morue qui jamais ne l'a quitté. «José, cultivez votre état de grâce, jetez-vous comme un enfant dans les bras de Dieu et vous serez sauvé», lui dit le supérieur. José, qui adorait les causeries, le soir même de son arrivée, donne aux moines une conférence «sur le record et ses résonances». Meiffret prie et médite «dans [sa] robe de chambre bleu de France». Il lit Marc-Aurèle, Nietzsche et Stendhal.

Qu'a laissé à sa mort cet homme transcendantal ? Neuf valises très exactement, pleines à craquer de notes et de manuscrits. Il est fort probable que les dessins de Jean Cocteau à Meiffret adressés, les mots d'encouragement de Louison Bobet, son contrat d'acteur dans Pour le maillot jaune tourné avec Albert Préjean en 1938 et la correspondance avec Giono sont partis en fumée. C'est ce qu'avance le maire de Perthes. Le très solitaire Meiffret avait une dernière volonté : «être enterré à même la terre» dans son survêtement et son maillot à tête de mort frappé des lettres «France» et «Vouloir». Le lieu ? Le long de la Nationale 4, la portion la plus rapide du département sur laquelle il s'entraînait. Le chercheur d'absolu cycliste ne demandait pas grand-chose. La Société du Tour, qui érige tant de monuments à la gloire du vélo, ne pourrait-elle transférer les cendres du «Cycliste fusée» (Gazetta dello Sport) ? Ainsi Meiffret sera en paix dans son beau maillot frappé de la tête de mort.



http://www.liberation.fr/sports/2003/07/09/meiffret-l-homme-canon_439237




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