mercredi 27 avril 2011

José Meiffret né le 27 Avril 1913


José Meiffret né le 27 Avril 1913 à Boulouris sur Mer (Var)
Décédé le 16 Avril 1983 à Montier en Der (Haute-Marne)
Il fut un spécialiste du Record de vitesse à vélo derrière abri et roula à 204,8 km/heure derrière une voiture.
Si dessous l'article paru sur le site: lepetitbraquet.free.fr






C’est alors qu’est entré en scène José Meiffret. qui allait vouer sa vie à ce record. On peut même dire que ce fut sa seule raison d’être. Et pourtant par son gabarit 1,62 mètres et 59 kilos José Meiffret, né le 27 avril 1913 à Boulouris ressemble plus à un grimpeur colombien qu’à un rouleur de fond. Orphelin à onze ans il raconte que renversé par un automobiliste alors qu’il faisait du vélo, il s’est vu offrir par celui-ci un magnifique vélo neuf en compensation et que c’est cela qui a déclenché sa vocation. Coureur modeste sans grand résultat dans les épreuves sur route il trouva sa voie grâce à Henry Desgranges, l’inventeur du Tour de France. Celui-ci malgré sa grande popularité prit le temps de recevoir ce petit jeune homme dans sa villa de la côte d’azur. Lors de cette première rencontre il lui aurait donné le conseil suivant
"Essayez donc les courses derrière moto, mon garçon. Vous pourriez vous étonner vous-même."
Desgranges se prit d’une réelle amitié pour Meiffret et en 1936 il lui proposa d’écrire les « échos de la piste » dans le journal l’Auto. Meiffret hérite alors du surnom du «coureur journaliste». L’année suivante, en réussissant pour une première tentative, l’aller retour Nice-Cannes soit 64 kilomètres en 1h02, José Meiffret sentit qu’il avait enfin trouvé son crédeau. Ce résultat est évidemment très modeste au regard des performances derrière moto réalisées par Charles Pélissier ou par Georges Paillard qui venait de réussir Chartres-Paris en 1h08 soit 79,452 de moyenne mais Meiffret est définitivement accro à la vitesse. En 1949 après cinq longues années en captivité, à force d’entraînement et de volonté il réussi a atteindre 87,918 kilomètres dans l’heure. Mais Georges Paillard qui était un authentique champion (2 titres de champion du monde et 6 fois champion de France de demi fond), réussit à 45 ans 96,480 km/heure.
José soutenu par Sugar Ray Robinson (USA), champion du monde de boxe des années 1950 
Loin de se décourager, dès lors, Meiffret va consacrer sa vie à ce record. Le 28 juin 1950, à la nuit tombante, sur la route cimentée de Grenzlandring en Allemagne dans la zone d’occupation britannique il réussit 104,780 km en une heure. Peu après en octobre il atteint, derrière une BMW 750 cm3, sur un kilomètre la vitesse de 139,534 kilomètre/heure. Mais il comprend qu’il lui sera impossible d’aller beaucoup plus vite s’il n’adopte pas comme Letourneur le sillage d’une automobile.
Le temps de réunir les fonds nécessaires, de trouver le véhicule et le lieu propice à sa tentative, et revoilà José qui entre Saint Gaudens et Muret réussi enfin à battre d’un souffle Letourneur en atteignant la vitesse de 175,609 kilomètre/heure . Grâce à l’abri d’une Talbot 4,5 litres le kilomètre est avalé en 20,5 secondes…
L’année suivante, désormais recordman de l’heure et du kilomètre sur route il décide de s’attaquer cette fois ci au vieux record de l’heure derrière moto de Vanderstuyft. Il s’élance donc le 13 octobre 1951 pour ce qui faillit bien être sa dernière envolée, en effet  après 7 tours de circuit, sans que l’on sache vraiment pourquoi ce fut la chute .à près de 130 kilomètres heure. Après un vol plané et une terrible glissade, les médecins l’ont relevé avec 5 fractures du crâne. Les journaux ont annoncé sa mort imminente, mais le bonhomme malgré sa petite taille était un dur à cuire.
Il survécut mais les années qui suivirent furent difficile. Touché dans sa chair mais aussi dans son esprit, José Meiffret pense au suicide et il effectue plusieurs retraites à la Trappe de Sept Fons dans l’allier.
« Meiffret emporte la Vie des martyrs de Georges Duhamel et sa bouteille d'huile de foie de morue qui jamais ne l'a quitté. «José, cultivez votre état de grâce, jetez-vous comme un enfant dans les bras de Dieu et vous serez sauvé», lui dit le supérieur. José, qui adorait les causeries, le soir même de son arrivée, donne aux moines une conférence «sur le record et ses résonances». Meiffret prie et médite «dans [sa] robe de chambre bleu de France». Il lit Marc-Aurèle, Nietzsche et Stendhal. » (Libération JL Le Touzet 09/07/2003)
«J'étais tuméfié et ressemblais à un ours. Je livre un autre match : celui de ma résurrection complète, car je ne dis pas non à la vie et à l'action.»
L’envie revint plus forte que jamais et en octobre 1955 près de Saint Dizier, sur la nationale 4 il est chronométré à 186,660 kilomètre/heure sur un kilomètre. Les dangers pris par Meiffret et d’autres, conduirent les autorités françaises à interdire ce genre de tentative. Mais rien ni personne ne pouvait empêcher José de renouveler ses rendez vous avec la mort, c’était sa vie, sa religion.
Si certains l’ont cru définitivement assagi par les nouvelles lois et l’age il n’en était rien. Avec la passion qu’on lui connaît, il continua à apporter des améliorations sur sa bicyclette et il écrivit son premier livre (le bréviaire du champion cycliste, 232 pages 1957). Très populaire il correspond avec des centaines de personnes, c’est ainsi qu’il  apprend la construction d’une nouvelle autoroute à Lahr en Allemagne où il pourrait avoir la permission d’effectuer une autre tentative sur le kilomètre.
En automne 1961, alors qu’il est déjà âgé de 48 ans, il atteint derrière une Mercedes 300SL spécialement carénée pour lui 115.934 mph (186.538 km/h). Pour cette performance il utilisa un vélo de 20,4 kilos, avec un plateau de 130 dents touchant presque le sol, avec fourche avant inversée et petite roue. Les jantes étaient en bois pour empêcher la surchauffe, la potence avait reçu un renfort et il utilisait des boyaux.
Cela ne lui suffit pas et dès l’année suivante il remet ça.
Sur l'autoroute près de la ville allemande de Fribourg le 19 juillet, 1962 José, à 49 ans, va mettre la barre encore plus haut en réussissant 204,778 km/h.
Voici relaté par un journaliste anglais Clifford L. Graves ce fabuleux exploit.
Ainsi nous retrouvons Meiffret durant l’été 1962 sur l'autoroute près de Fribourg,, pédalant comme un forcené.
À 20 mph (32 km/h), Meiffret luttait pour garder l’équilibre . Ses jambes tournaient à peine. À 40 mph (64 km/h), il commençait à trouver son rythme. À 50 mph (80 km/h), il était juste derrière la Mercedes avec son curieux coffre. Avec un signe de la main, Meiffret a écarté sa moto et s'est abrité d'une manière précise derrière le paravent de la Mercedes. Sa synchronisation était parfaite...
L’écran déflecteur était équipé d’un rouleau, mais s'il le touche à 100 mph (160 km/h), il serait coupé en deux. D'autre part, s'il se laisse décramponner derrière de seulement 18 pouces (45 cm), la turbulence le mettrait en pièce. Si la voiture tangue, vacille ou saute sur une bosse, il serait immédiatement en danger de mort. Un ingénieur l'avait averti qu'à cette vitesse, la force centrifuge pourrait faire éclater ses roues fragiles.
Ignorant cette perspective, Meiffret était concentré sur sa tâche.
Il se déplaçait maintenant à 80 mph (129 km/h). Les nouvelles de cette tentative héroïque avaient fait du bruit, et la route était bordée de spectateurs. Tout le monde s'attendait à ce que quelque chose de fabuleux se produise. Monsieur Thiergarten présent dans la voiture donnait à Meiffret des informations sur sa vitesse par des signaux codifiés à l’avance. Meiffret pouvait parler au conducteur grâce à un microphone. "Allez, allez," a-t-il crié, sachant qu'il avait seulement neuf milles pour accélérer puis ralentir.
Le compteur était maintenant à 90 miles. Que se passerait il s’il roulait sur un caillou, une plaque d’huile ou s’il rencontrait une rafale de vent…
La Mercedes traversa les airs. Les gens n’en croyaient pas leurs yeux. Ce qu’ils voyaient c’était la voiture en  plein vol avec une silhouette arquée immédiatement derrière, des jambes tourbillonnantes,un  maillot flottant, des roues tremblantes. "Allez, allez," a haleté Meiffret dans le micro. Dans la voiture, le compteur a grimpé jusqu’à 100 mph, puis 110 et 120. Angoissé, Zimmer (le conducteur) regarda dans son rétroviseur. Comment Meiffret pouvait-il se maintenir derrière ? C’était fantastique.
Au drapeau, la vitesse avait grimpé jusqu'à 127mph : plus vite qu'un train express, plus rapide qu’un skieur de descente, qu'une chute libre dans l'espace. Les jambes de Meiffret tournaient à 3.1 tours par seconde, et à chaque seconde il parcourrait 190 pieds ! Il n'était plus un homme sur un vélo. Il était le Français volant, le superman de la bicyclette, le magicien des manivelles, l'aigle de la route, le poète du mouvement. Il savait qu'il devait rester dans cette atmosphére raréfiée pendant dix-huit secondes. Quand il a passé le deuxième drapeau, les chronomètreurs ont enregistré 17,580 secondes, équivalent à 127.342 milles à l'heure. Meiffret avait survécu à son rendez-vous avec la mort.
José Meiffret a atteint son objectif. Ce record est considéré en France comme l’évènement sportif le plus important de l’année.Il est au sommet de sa gloire, il entretien une correspondance avec Jean Giono et sort en 1965 un dernier livre « mes rendez-vous avec la mort », préfacé par Léon Zitrone qui lui rapporta en 1965 le grand prix de l’écriture sportive et le Prix Sobrier-Arould de la prestigieuse Académie Française. Bien que son exploit au Grenzlandring lui ait apporté la gloire, elle ne lui a apporté aucun argent. En fait, aucun des records de Meiffret ne lui a apporté d’argent. Toute sa vie, il a dû combattre la pauvreté. Il a survécu grâce à des petits boulots et à sa plume.
Sentant approcher son dernier souffle, Meiffret, le cycliste fusée écrivit sa dernière volonté : «être enterré à même la terre» dans son survêtement et son maillot à tête de mort frappé des lettres «France» et «Vouloir». Le lieu ? Le long de la Nationale 4, la portion la plus rapide du département sur laquelle il s'entraînait. Il sollicita également Jean Durry, créateur du musée national du Sport, afin qu'il prenne possession de ses cahiers et de ses invraisemblables bicyclettes. Dans tous ces écrits qui remplissaient 9 valises se trouvaient pèle mèle ses carnets de route, les mots d’encouragement de Louison Bobet, les dessins de Jean Cocteau, la correspondance avec Giono. Pourtant José Meiffret est mort dans la misère…
Alors chapeau Monsieur Meiffret, pour vos exploits, pour votre abnégation, votre volonté tenace. Vous êtes entré dans le vélo comme on entre en religion et vous avez tout sacrifié à cette passion. Chapeau Monsieur.



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire